J’ai rencontré un allocataire du RSA …
Pour lui le RSA est le prolongement d’une vie en cage, qui à la fois le nourrit et l’emprisonne. Immobile. Sa résistance face à l’adversité, la rudesse, la méchanceté fut de rester immobile sans donner satisfaction à ceux qui le regardaient de l’extérieur.
Seul mouvement autorisé : tourner en rond à l’intérieur de son grillage !
C’est son exercice.
Alors il est devenu loup, non pas solitaire, mais nostalgique. Il regarde fixement un point dans le lointain, même s’il n’y a aucun lointain devant lui.
Il attend en courant immobile l’arrivée d’un sauveur…que je ne suis pas.
A force d’insister, il a contraint Dieu à exister, à force de prière il s’est mis à susurrer au creux de son oreille. Puis il a chanté pour donner de l’air à ses pensées car, comme il le dit doucement, « enfermées dans ma bouche elles moisissent ».
Il est face à moi par obligation s’il veut continuer à ‘’toucher le RSA’’ ? Il me perçoit comme un énième visiteur au regard curieux et indélicat.
M’autorise-t-il seulement à l’écouter ? Comment l’aider ? Je ne suis pas certain de savoir accompagner les profils les plus ‘’abîmés’’ ? Comment incarner cet ‘’expert’’ censé aider l’autre à être l’expert de sa vie et du sens à lui donner ?
Et puis un jour il est revenu et il a eu un rire plus muet que des larmes !
Alors j’ai compris. J’ai compris qu’à vouloir être l’expert on en oublie que parfois nous sommes simplement impuissants à changer le monde. Il nous reste alors la rencontre …
Témoignage d’un conseiller en Insertion socio-professionnelle d’Elantiel qui illustre la posture d’humilité induite par l’approche systémique. Nos CIP, nos formateurs et formatrices, nos consultants ne sont pas des experts, des sachants qui distilleraient une vérité absolue. Ils et elles sont empreints de doutes alors ils et elles écoutent, cherchent à comprendre comment ça fonctionne, s’interdisent de juger et d’exiger et acceptent de se résoudre parfois à seulement apprécier la rencontre.



