« Je est un autre ». Profitant d’une période de repos, j’ai eu le plaisir d’écouter un podcast intitulé Un été avec Rimbaud de Sylvain Tesson. J’ignorais que la formule était du poète, qu’il l’avait écrite en 1871dans une lettre adressée à Paul Demeny.
Cette formule, souvent citée comme une provocation poétique « deviendra le psaume du dépassement de soi et du mystère de l’être », selon Sylvain Tesson. Qui sommes-nous ? Qui parle quand je dis « je » ? Que veut dire être soi ?
Rimbaud affirme que le « je » n’est pas la source de ce qu’il pense, de ce qu’il dit ou de ce qu’il crée ! Le poète n’est pas « un je qui parle » : il est celui par qui ça parle. Le sujet n’est pas maître de lui-même car il est traversé par quelque chose qui le dépasse.
Un siècle plus tard, la pensée systémique formulera, à une nuance près, la même idée mais dans un autre langage : l’individu n’est pas une île autonome, mais une qualité émergente au sein d’un réseau de relations complexes qui préexistait avant lui et qui préexistera après lui.
Décodons cette nuance d’un peu plus près.
Quand Rimbaud écrit « je est un autre » il ne découvre finalement qu’un autre (au singulier) au cœur même du sujet, à l’intérieur de lui-même, intrinsèquement lié à lui-même. Avec l’approche systémique on ne découvre jamais un autre au cœur du sujet mais tous les autres qui contribuent à fabriquer du « je ». Une personne qui souffre, par exemple, n’exprime pas seulement quelque chose d’elle-même. Elle peut aussi, souvent malgré elle, porter les tensions, les contradictions ou les non-dits du système relationnel auquel elle appartient.
La nuance qui fera la différence est que, contrairement à Rimbaud, pour un systémicien derrière un « je » résonne toujours un « nous ». Le systémicien ne cherche pas une cause uniquement à l’intérieur de l’individu, il s’attache à entendre ce que les relations, les liens et les contextes expriment à travers lui. Souvent ce n’est pas une personne qui parle, mais tout un système qui cherche à se faire entendre.



