De l’identité aux ressources : un changement de regard essentiel pour penser les relations dans un contexte d’interculturalité.
J’ai lu un petit livre, plutôt un très long texte dense et exigeant des efforts de concentration : « Il n’y a pas d’identité culturelle » de François Jullien.
L’auteur nous invite à un déplacement profond de notre manière de penser les cultures. Ce qu’il propose n’est pas un simple changement de vocabulaire, mais une véritable transformation de notre regard. Son analyse résonne bien avec l’approche systémique, qui s’intéresse moins à ce que les personnes « sont » qu’à ce qui se construit dans leurs interactions. Il propose #1 : de sortir du piège de l’identité, #2 : de penser en termes de ressources et #3 : d’abandonner la notion de différence pour celle de l’écart.
Pour François Jullien, parler d’identité culturelle conduit à enfermer les individus et les groupes dans des catégories figées. Une identité suppose qu’il existe une essence immuable qui la définirait : » les Français sont… « , » les Paraguayens sont… « . Cette manière de penser réduit la complexité du vivant à du classement dans des cases et fait oublier que toute culture évolue, se transforme, est traversée de multiples influences… voire d’enjeux footballistiques ;). Cette logique de classement déterminé une fois pour toute favorise les oppositions et nourrit facilement les rapports de force. Chacun se définit uniquement par ce qui le distingue de l’autre.
Pour sortir du piège de l’identité l’auteur propose le concept de ressources. En effet, pour lui une ressource n’est pas une vérité à défendre ni une valeur à imposer. C’est un potentiel, une manière de voir, de faire ou de penser, dans lequel chacun peut puiser selon les situations. Cette perspective ouvre un espace beaucoup plus dynamique. Les cultures ne sont plus des forteresses à protéger (ou à assiéger) mais des réservoirs d’expériences, de savoir-faire et de possibilités qui peuvent circuler, s’enrichir mutuellement, être mobilisés au service de l’action.
Pour un systémicien, l’idée de sortir de l’identité pour promouvoir l’idée de ressource est féconde : l’important n’est peut-être pas de définir les personnes par leur appartenance, leur culture, mais d’identifier les ressources qu’elles apportent dans un contexte relationnel donné.
François Jullien propose également de remplacer la notion de différence par celle d’écart. La différence classe et sépare : une fois les distinctions établies, chacun reste dans sa catégorie. Selon le raisonnement de l’auteur, l’écart crée une distance qui invite à explorer, dialoguer, apprendre de l’autre. Une tension créatrice se maintient où chacun se découvre grâce au regard de l’autre. Il ne ferme pas la relation, il l’ouvre. Celle-ci n’est pas un problème à résoudre mais une source de compréhension et de création. C’est parce que l’autre ne pense pas comme moi que je peux mieux comprendre ma propre manière de penser.
Dans cette perspective, l’autre cesse d’être un adversaire ou un étranger à classer. Il devient un partenaire indispensable pour élargir notre perception de soi et du monde.
François Jullien, dans ce court ouvrage, nous encourage à remplacer une logique de l’identité, qui enferme, par une logique des ressources, qui ouvre. Une logique de la différence, qui sépare, par une logique de l’écart, qui met en dialogue.
Pour le praticien systémicien cette posture change profondément la rencontre : il ne cherche pas à identifier des essences culturelles, mais à explorer les ressources présentes dans la relation et à utiliser les écarts comme des occasions de compréhension, de créativité et de transformation.

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