Mme S, 51 ans, allocataire du RSA depuis trois ans, arrivait en entretien résignée, presque absente. « A mon âge, avec mon parcours, personne ne voudra de moi » disait-elle…
Dans son parcours en mosaïque, plusieurs événements éparses : un divorce difficile, des enfants partis faire leurs études à l’étranger, une mobilité réduite par l’absence de permis de conduire, des petits emplois discontinus… Sur le papier et dans la tête de madame, les freins étaient nombreux.
Ce qui m’a frappée le plus en tant que référente, c’est la façon dont Mme parlait d’elle-même, à la troisième personne, comme si elle décrivait quelqu’un d’autre, en parallèle.
En creusant l’histoire de madame, et via le « qualibrage » relationnel, un schéma est apparu clairement : dans sa représentation de son parcours, les différentes sphères de son système (les institutions, sa famille, les employeurs) avaient successivement choisi/décidé pour elle. Mme S ne se sentait pas actrice de son quotidien, elle se sentait plus tributaire de choix et de fonctionnement extérieurs.
Notre premier axe de travail a donc tourné autour du pouvoir d’agir : dans quels domaines Mme prenait-elle encore des décisions ? Quel que soit leur degré « d’importance ». Nous les avons listés : cuisiner, lire, jardiner et aménager son potager, ses tenues vestimentaires…
Avec le temps, nous avons élargi progressivement le cercle des décisions, puis nous sommes arrivées à l’exploration professionnelle : quel secteur souhaitait-elle vraiment investir ? Quel métier lui plaisait, à elle, pas celui qu’on lui aurait conseillé.
Ces réflexions ont mené à une candidature spontanée, rédigée avec ses propres mots, à l’écrit bien sûr, pour une jardinerie du village voisin qu’elle fréquentait souvent. La gérante l’a rappelée dès le lendemain du dépôt. Elle cherchait quelqu’un de fiable, disponible rapidement, qui connaissait les plantes et le lieu. Mme S. correspondait parfaitement, elle en avait toujours rêvé.
Lors de notre dernier entretien, elle m’a dit « merci, c’est la première fois qu’on me demande ce que je veux, MOI. »
L’approche systémique nous rappelle que l’inertie d’une personne n’est jamais un trait de caractère. Elle est souvent la réponse logique à un système qui, au fil du temps, a retiré sa capacité d’initier et de choisir à la personne. Mon rôle ici, a été d’ouvrir le champ des possibles et d’assurer un environnement sécure pendant son exploration.



