Le travail c’est la santé,
Rien faire c’est la conserver,
Les prisonniers du boulot,
N’font pas de vieux os !
La chanson peut être lue comme une critique du fonctionnement de la société moderne où, derrière la valeur travail, sont embusqués le culte de la performance, de la productivité, de la rentabilité. Chercher le » toujours plus, toujours plus « … Le coût pour le salarié-e : subir une relation de subordination, dans un environnement de stress permanant, préjudiciable à sa santé et son bien-être.
Décodons maintenant le texte avec une perspective interactionnelle stratégique et systémique de l’Ecole de Palo Alto :
Le travail peut être décodé comme une qualité émergente d’un système organisationnel dans lequel chacun est pris dans une logique qui le dépasse : « Ces gens qui courent au grand galop. En auto, métro ou vélo, vont-ils voir un film rigolo ? Mais non, ils vont à leur boulot.
Un système où les personnes deviennent les « prisonniers du boulot », c’est-à-dire prises dans des redondances dont il est difficile de s’échapper.
La chanson met également en évidence une boucle interactionnelle paradoxale. Les travailleurs consacrent 11 mois à attendre leurs vacances, mais lorsqu’ils retrouvent enfin la forme, ils doivent immédiatement reprendre le travail. Le repos n’est donc jamais une fin en soi, il sert uniquement à rendre les personnes capables de retourner au turbin. Le système s’auto-régule dans cycle de fatigue-récupération-reprise… Si cela n’est pas une homéostasie…
De façon plus subtile, me semble-t-il, la chanson critique les valeurs collectives qui donnent sa colonne vertébrale au système. Les personnes travaillent « comme des sauvages » pour acquérir toujours plus de confort matériel. Pourtant, lorsqu’elles obtiennent enfin ce qu’elles recherchent, elles sont épuisées, voire mortes. Est ici décrit un système (c’est-à-dire un ensemble d’éléments organisés en fonction d’un but à atteindre) dont la valeur est la réussite matérielle et absolument pas les besoins réels des personnes.
Enfin, la chanson propose un contre-modèle (un 180° ?). Henri Savador affirme que le travail « il me court après, Il n’est pas près de m’rattraper». Cette posture n’est pas une simple apologie de la paresse. Si cela était le cas, nous serions alors sur une réaction à 180°. Il s’agit plutôt d’une remise en question des normes sociales dominantes qui nous invite à rééquilibrer les relations entre travail, santé et qualité de vie. Dit autrement : une homéostasie moins dysfonctionnelle.
A y regarder de très près avec une lecture systémique et interactionnelle cette chanson ne critique pas le travail en tant que tel mais plutôt l’organisation qui en a fait le centre de nos existences. Grâce à l’humour, l’ironie et à la gouaille de Mr Salvador la chanson révèle les mécanismes d’un système où les personnes participent collectivement à un mode de vie qui peut nuire à leur santé et à leur épanouissement. Plus de soixante ans après sa sortie, cette réflexion reste actuelle à l’heure des débats sur le stress professionnel, le burn-out et l’équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle.



